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  • : Ouessant-mouton / les Lutins du M.
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  • : Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite....... Merci de venir visiter mon blog qui a pour but de vous faire découvrir le mouton d'Ouessant et de partager au moins un instant ma passion pour cet animal singulier et ce qui l'entoure.
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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 11:26

 

Frissons dans la voix ou ton désinvolte, tout dépend de chacun quand on aborde le thème de la consanguinité.

   

Petit rappel, le Mouton, forme mutante domestique du Mouflon, n'existerait pas sans un minimum de consanguinité dès les débuts de la domestication, ni même par la suite dans la construction des variétés ovines locales ou races actuelles établies. Simple constat.

Ensuite quand on dit consanguinité, encore faut-il préciser à quel niveau de parenté. Parfois jugée ombre maléfique parce qu'elle concentre des tares pouvant influer sur la survie des sujets produits ou parce qu'elle consolide des caractères s'éloignant d'un standard, la consanguinité peut être également considérée comme une aubaine pour conserver des qualités. Comme quoi les regards portés sur la possibilité d'une quelconque consanguinité sont variables. De plus, dans les esprits, en référence à l'espèce humaine et ses interdits, consanguinité et inceste s'entremêlent.  Comme souvent, en élevage, la vérité se situe dans un juste milieu.

 

 

Pas question de faire un article doublon avec un autre déjà publié sur mon blog Consanguinité. , mais l'occasion m'est donnée d'apporter un petit plus, suite à une étude intéressante dont j'ai eu connaissance

Durant les siècles passés, sans souci alors des conséquences environnementales et écologiques au sens réel du terme, sur certaines îles lointaines, les navigateurs  ont très souvent abandonné ou installé des espèces animales devenues invasives (domestiques ou pas), afin d'assurer des ressources alimentaires lors de futurs passages en ces mêmes lieux.

Concernant l'étude annoncée, voici les faits pas si éloignés de nous dans le temps.

 

En 1957, sur une petite île des Kerguelen (seulement 6,5 km2), l'Ile Haute, dans un souci de fournir de la viande aux équipes de scientifiques y séjournant, fut introduit un couple de Mouflon de Corse originaire du zoo de Vincennes. Deux ans avant, trois rennes avaient précédé les mouflons. Vers 1970 on comptait déjà une centaine d'animaux de chaque espèce. Le territoire étant limité et la nourriture devenant rare, bons nageurs, les rennes finiront en 1981 par gagner la grande île principale pour continuer à prospérer. Quant aux mouflons, sédentaires, leur population prospéra toujours pour atteindre une marge de fluctuations allant de 300 à 700 animaux. En l'absence de prédateurs, seules les conditions de vie, quantité de nourriture, climat et rudesse des hivers, sont les éléments de sélection naturelle qui ont opéré.

Tout cela est très intéressant puisqu'à partir de deux individus (peut-être déjà en parenté?) s'est construite une population viable de plusieurs centaines d'animaux en plus de cinquante ans. Un bel exemple de consanguinité à l'extrême. On imagine mal un éleveur de moutons d'Ouessant se constituer un troupeau à partir de deux sujets et élever durant 50 ans sans qu'on le qualifie de fou. Ce qui marche pour les mouflons ne serait pas acceptable en élevage ovin puisqu'il est inconcevable d'élever en perdant un très grand nombre d'animaux par sélection naturelle pour que seuls certains survivent. Ce principe va à l'encontre du principe de l'élevage où c'est surtout l'éleveur qui détermine les animaux qui doivent mourir ou quitter le troupeau, ainsi que ceux qui vont se reproduire, question de rentabilité.

En 2003 fut menée une étude  sur le patrimoine génétique de ces mouflons des Kerguelen. Les résultats furent surprenants puisque les scientifiques s'attendaient à trouver des animaux homozygotes (identiques génétiquement) et que contrairement à cela ils s'aperçurent qu'au cours des décennies s'étaient constitués bon nombre d'animaux hétérozygotes (donc avec des différences génétiques). Si le temps semble trop court pour que des mutations soient apparues, il semble plus probable que ce sont les petites différences génétiques qui furent sélectionnées naturellement suite aux diverses contraintes du milieu.

 

Intéressant tout cela. Il apparaît qu'au moins dans certains cas, chez certains animaux "sauvages", qu'une très forte consanguinité ne mette pas en péril l'avenir d'une population. Cependant des exemples contraires pourraient être évoqués puisque certaines espèces en voie de disparition réduites à trop peu d'individus voient leur avenir compromis par le manque de diversité génétique.

 L'intérêt de cette diversité demeure dans le fait que certains gènes peuvent à un moment ou un autre s'avérer bénéfiques ou du moins utiles en permettant aux individus qui les possèdent de survivre et se multiplier lors de changements de conditions de vie. C'est un peu comme dans ces ateliers où on garde tout, dans tout ce bric-à-brac tel clou rouillé ou fil de fer tordu trouve un jour son utilisation après avoir dormi longtemps dans un tiroir.

 

Pour revenir à nos moutons. Si donc la diversité est un atout pour durer, la consanguinité jusqu'à un certain point n'est pas forcément un handicap total en élevage. Le tout est qu'elle soit calculée.

      

   

été 09 133 

Chez les Lutins, une bonne dizaine de souches (issues cependant de l'inévitable tronc commun des souches pionnières de la résurrection de ce type ovin  de base) permet pour très longtemps d'assurer une diversité et une consanguinité limitée et gérée par calcul des accouplements au sein du troupeau.

Si viendra le jour de devoir apporter un peu de "sang neuf", il faut se rappeler qu'on ne construit pas en s'éparpillant et que moins on introduit d'animaux mieux se portera le troupeau qui se sera construit sur son propre territoire et dans les pratiques propres à l'éleveur.

Et comme je dis toujours, mieux vaut un peu de consanguinité dans un troupeau d'animaux rustiques et bien construits qu'une trop grande diversité dans un troupeau fragile et aux tares multiples. 

 

 

 

 

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Published by dominique morzynski - dans Sélection
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commentaires

Thomas SZABO 21/11/2011 20:41

Article très intéressant, à propos d'un sujet délicat, dont il faut maîtriser la pratique de peur de jouer à l'apprenti sorcier!!! J'ai aussi pris le temps de revenir sur les autres articles
consacrés au sujet (grâce à la "recherche" possible sur le blog)...
Je fais partie de ceux qui ne pratiquent pas la consanguinité ( et pas comme on voit de temps à autres la cosanguinité!!!), par manque de connaissances et par peur de commettre des erreurs
dommageables. On m'a conseillé la "retrempe", mais cela m'a fait un peu frémir, d'autant plus que je n'en comprenais pas les tenants et les aboutissants.
A l'occasion, peux-tu nous en toucher deux mots!!!
J'ai été impressionné par ce que tu as rapporté à propos des mouflons des Kerguelen. La nature est donc capable de bien faire les choses...
Il existe des troupeaux détenus par des particuliers, où la consanguinité est de rigueur... Puisqu'aucun contrôle n'est exercé sur les accouplements et il y a présence de plusieurs générations
d'animaux de même souche... Je suppose qu'à plus ou moins long terme, des dégénérescences peuvent être observées.
A quel degré pratiques-tu la consanguinité?
Quelles caractéristiques doit avoir un troupeau dont le détenteur peut se permettre de ne fonctionner qu'en circuit fermé, sans apport de sang neuf (en pratiquant une consanguinité contrôlée)?

dominique morzynski 22/11/2011 18:49



La nature oeuvre mais sans objectif précis. Face à un ensemble de situations de vie, les animaux se trouvant les plus aptes à survivre de par certaines particularités
génétiques peuvent ainsi donner naissance à des jeunes qui eux-mêmes s'en sortiront. C'est ce qui se passe sur cette île des Kerguelen, l'espèce mouflon issue d'un couple unique prospère....
mais sa population peut se réduire de moitié par l'élimination naturelle des individus les moins solides.


Ce phénomène de fluctuations importantes se retrouve chez les moutons de Soay vivant encore, comme leurs ancêtres, sur leur île au large de l'Ecosse dans des situations assez similaires à
celles des mouflons des Kerguelen. On assiste là à un phénomène du même type qui perdure depuis plusieurs milliers d'années ... Ces moutons à un stade des
plus primitifs  y avaient été "abandonnés" à un stade précoce de l'histoire de la domestication.


On imagine mal un éleveur de moutons d'Ouessant (ou autre race) concevoir d'assister à la mort naturelle de plus de la moitié de ses animaux, par maladie, manque de nourriture ou suite aux
intempéries. Le but de l'élevage étant de conserver au moins son cheptel et mieux le multiplier. L'homme finit donc par intervenir. 


En élevage ovin en consanguinité totale et non contrôlée, on peut assister à des dégénérescences puisque les petites faiblesses se trouvent concentrées et à un moment ou un autre elles
peuvent être préjudiciables à la survie de certains individus. Ce qui se passe également pour les mouflons des Kerguelen. Mais inversement, les points forts à la survie se trouvent également
concentrés. En nature comme en élevage, le phénomène est implacable, les moins adaptés disparaîssent...si on n'intervient pas. Ceci étant dans le cas de l'élevage, on soigne donc, on compense le
manque de nourriture, on met à l'abri, on soustrait à la prédation....et de ce fait on conserve des animaux  avec certaines faiblesses, animaux qui dans des conditions moins
protectrices n'auraient pas pu survivre ni donc transmettre ce qu'on nomme "tares" pour englober tout ce qui problème à nos yeux.


Si nous étions sages, en élevage, nous ne devrions faire se reproduire que des moutons qui apportent toute satisfaction pour assurer la rusticité de leurs descendants. Ceux jamais malades et ne
montrant aucune faiblesse particulière d'aucune sorte....et puis si on s'occupe de l'apparence, ce qui amène au standard, ces élus pour leur santé de fer devraient tendre vers un physique
irréprochable (toujours concernant le standard). Mais cet idéal n'est jamais atteint même s'il est indéniable qu'il devrait en être ainsi. D'une part parce que les animaux parfairts n'existent
pas vraiment, ensuite parce que nous devons de là faire des concessions. Et puis (il faut savoir être humble) parce que la génétique ne nous montre qu'une minuscule partie de sa réalité  et
que la part immense qui nous est invisible nous réserve bien des surprises par l'avenir.


En effet dans certains élevages, la consanguinité est forte, comme tu l'expliques, par le principe que tout le monde se reproduit au hasard avec tout le monde dans un même troupeau. Ce,
pendant des années et des années, sans donc qu'il y ait connaissance de pedigree et sans que se fasse d' apport extérieur. Connaître la généalogie de ses animaux est donc particulièrement
important si on désire élargir la diversité génétique des animaux que l'on produit. Se pose également le souci des origines des moutons car en obtenant pourtant
des animaux chez plusieurs éleveurs, si on mène l'enquête, on peut découvrir parfois qu'en ayant acheté à M. A, M. B, M. C, .... c'est comme si on avait pris les moutons
en question directement chez M. Z puisque ce dernier avait fourni les éleveurs précités. ça c'est dans le meilleur des cas, en découvrant le pedigree quand il est connu.
Malheureuseusement de toute façon, rares sont les éleveurs qui suivent leurs animaux et en connaissent les ascendances sur de nombreuses générations.


Pour donc fonctionner  en consanguinité calculée et gérée (pour  l'éviter ou perfois la rechercher), il faut suivre sérieusement ses reproductions en les programmant et en tenant
des fiches sur chaque mouton, tout en ayant choisi de préférence au démarrage de son élevage des animaux souches à la généalogie connue sérieusement. Plus le nombre d'animaux au
troupeau est grand plus ce principe de reproduction fermée peut être mené relativement facilement puisqu'on augmente les possibilités d'accouplement. Ensuite tout dépend du degré de parenté que
l'on tolère dans ses reproductions. Ce qui importe à mes yeux n'est pas vraiment le degré de parenté mais le pourcentage de la génétique de tel ou tel individu dans l'agneau produit (cela se
calcule), afin de pouvoir à l'avenir concevoir une possibilité d'accouplement entre tel et tel individu.


Pour ce que l'on peut se permettre? S'il n'y a pas de tare importante évidente, on peut oser la reproduction parents/ enfants pour obtenir ponctuellement un sujet particulier. Dans ce cas,
on laisse forcément la moralité de côté car elle n'a pas lieu d'être ici, le souci étant la conservation d'un gène particulier.


Exemple pratique. Quand en 1999, lors du concours, le GEMO officialise le morphe brun obtenu par un concurrent d'ailleurs siègeant au CA, je prévois alors d'introduire ce gène dans
mon troupeau. Ce n'est qu'en 2003 que j'aurai l'occasion de me procurer une brebis brune provenant de chez cet éleveur. Avec ce morphe couleur le plus récessif  et un seul
individu, seule la consanguinité directe par l'accouplement de cette brebis avec son fils porteur du gène caché brun peut alors me permettre d'espérer obtenir (dans un rapport de 1 chance
sur deux) un jeune de cette couleur brune dite noisette.... Le produit se porte bien pour rassurer un peu et je travaille toujours 8 ans après à construire des animaux de cette
couleur tout en leur donnant de plus en plus de diversité dans leur patrimoine génétique. Cet accouplement à consanguinité forte était indispensable,  devenant par la suite
anecdotique puisque plus répété mais ayant permis de démarrer une orientation d'élevage parmi d'autres.  


La crainte de jouer à l'apprenti sorcier n'est pas fondée. Elle le serait si l'éleveur "aveugle" n'avait pas été attentif à la qualité de ses animaux. Petit exemple, brebis aux yeux
fragiles accouplée à son fils ayant même problème...au risque de consolider ce handicap s'il devait se révéler d'ordre génétique.


C'est un sujet sur lequel on pourrait parler très longtemps et j'ai sans doute omis d'exprimer des choses. En ce qui concerne la retrempe(qui est totalement à l'opposé de la consanguinité) j'ai
déjà songé en parler un jour. Proposition qui peut amener un article plus tôt que prévu si je trouve un peu de temps.