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  • : Ouessant-mouton / les Lutins du M.
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  • : Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite....... Merci de venir visiter mon blog qui a pour but de vous faire découvrir le mouton d'Ouessant et de partager au moins un instant ma passion pour cet animal singulier et ce qui l'entoure.
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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 15:10

 

 

Les espèces animales, vertébrées en particulier, ont une connaissance généralement fine de leur territoire. Que ce soit chez  les sédentaires qui exploitent le même milieu à longueur d'année ou les migrateurs à poils, plumes et autres qui retrouvent parfois un même lieu d'hivernage et s'y activent comme s'ils l'avaient quitté la veille, ces capacités de mémorisation étonnent (Sans parler des prouesses des grands voyageurs dont le parcours peut représenter plusieurs milliers de kilomètres et qui mettent en oeuvre différents sens et mécanismes d'orientation).

 

Le mouflon connaît ses pentes, ses rocailles et boisements "comme sa poche". Le mouton, son pré. Rien d'étonnant si celui-ci se limite à une forme rectangulaire de faible superficie. Cependant on mesure mieux la chose pour ceux qui ont la chance de disposer de quelques hectares agrémentés d'éléments paysagers, d'obstacles et de reliefs. Les troupeaux qui doivent circuler d'un parc à l'autre en parcourant une certaine distance montrent à leurs comportements qu'ils savent où ils vont et quel cheminement suivre (quand ils le veulent bien et qu'une gourmandise ne les attire pas sur le pré du voisin...).

 

J'ai pu avec mes Ouessant vérifier cette conscience de leur environnement. "C'est pas bêêête!!!" comme on entend parfois le bipède vertical s'exclamer devant toute espèce qui n'est pas la sienne.

 

Pas de gros miracles mais de simples anecdotes qui en disent long.

 

Quand ,faute de pâtures suffisantes, il m'arrivait encore  d'emmener ma petite troupe en véhicule sur d'autres zones diverses de campagne, je remarquai régulièrement qu'il suffisait d'avoir passé quelques heures en un lieu pour que la fois suivante les Ouessant montrent par leur comportement que l'endroit ne leur était pas étranger.

 

Dans mes premiers temps d'élevage, un bélier nouvellement acquis n'avait passé qu'une seule journée avec toute la bande des Lutins, avant que je décide dès le lendemain d'emmener tous les béliers sur un autre parc afin de les séparer des brebis pour l'hiver. Plusieurs semaines après, rendant visite à ces mâles afin de leur distribuer quelques céréales, je ne pris pas soin de fermer correctement l'enclos derrière moi, habitué à voir les garçons se précipiter sur leur gourmandise plutôt qu'à vouloir s'échapper. Le fameux nouveau bélier, Maout, ne vit pas les choses de la même façon et fila directement comme une flèche au portail de la propriété initiale distante d'environ 200m. Il n'avait fait pourtant qu'une seule fois le trajet et en sens inverse. Il n'y a que l'emplacement de la sonnette pour qu'on lui ouvre qu'il ne connaissait pas. Maout était évidemment arrivé bien avant moi. Heureux qu'il n'ait rencontré aucune voiture dans sa course folle, il ne me resta plus qu'à lui ouvrir pour être certain de pouvoir le récupérer. 

 

Dans ma situation actuelle, en période estivale, je ramène le troupeau chaque soir à son parc de nuit après l'avoir laissé paître la journée sur une parcelle à exploiter par les dents. L'herbe étant parfois haute et le nombre de moutons important, je ne vois pas toujours si tout le monde est bien rentré et je retourne sur la prairie en question afin de vérifier qu'il ne reste aucun retardataire. Une nuit d'été pourtant, des voisins en promenade sous les étoiles m'appelèrent pour me signaler qu'une brebis et son agneau étaient à la rue attendant devant mon portail. La mère et le petit avaient cédé au rituel quotidien mais tard quand ils se sont aperçus qu'ils étaient seuls et avaient pris le bon chemin.

 

Une autre fois, dans une situation similaire mais durant la journée, c'est mon bon bélier Besk que je vois arriver en précipitation alors que je suis sur le point de partir en voiture. Voulant lui ouvrir le portail, une chienne l'effraie et le voilà parti par la route pour finir par pénétrer dans des prés qu'il ne connaît pas et qui d'ailleurs ne m'appartiennent pas. Grosse panique, crainte de devoir le pister durant des jours. Un mouton seul et stressé étant ce qu'il y a de plus difficile à manoeuvrer, je décide de ne pas faire appel à mes louves bergères et choisis d'envisager la douceur et la trahison par l'appât de la biscotte craquante que je m'en vais chercher. Au moment où je m'apprête à sortir, je trouve mon bélier planté devant ma porte. Il était revenu aussi vite qu'il était parti tout en sachant s'orienter correctement dans son nouvel univers de quelques minutes.

 

Dans le monde du mouton, les histoires montrant les facultés d'orientation des ovins seraient nombreuses. Les bergers habitués à utiliser les drailles et autres sentiers aujourd'hui bien souvent disparus pourraient en témoigner bien plus que je ne le fais. L'histoire suivante relatée par un ancien habitué à la transhumance me touche particulièrement.

Au moment de partir pour les alpages, ce berger raconte qu'une de ses brebis donna précocément naissance à deux petits. Devant l'impossibilité que ces derniers puissent suivre le troupeau, il demanda à ce que la mère et ses agneaux soient enfermés un certain temps. Je ne sais plus exactement après combien de temps passé sur les estives, il vit arriver un jour le trio. Outre la distance remarquable pour arriver jusque là, le fait que cette brebis était seule à connaître le chemin par son expérience et que tout le monde allait bien, l'exploit était d'autant plus surprenant que la mère et ses jeunes devaient obligatoirement passer par une certaine ville. L'avaient-ils fait de nuit en passant (presque) inaperçus ou la femelle avait-elle contourné la commune? Toujours est-il que c'est remarquable. Magnifique!....Et sans carte...

 

 

  janvier 10 034

        

 

                                              "J'suis pas bêêête!!!"

 

 

 

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Published by dominique morzynski - dans Ethologie
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commentaires

myriam 07/12/2011 23:04

Merci pour ces observations et ces récits .

Les bergers silencieux de tous les temps ont si peu eu l'occasion de partager leurs connaissances que ces animaux si familiers nous sont moins connus dans leurs comportements que le babouin ou le
grizzli .
Ils sont pourtant passionnants ....et étonnants d'intelligence .

dominique morzynski 08/12/2011 14:42



Merci, une réaction sur le monde du Ouessant ou plus simplement du mouton fait toujours plaisir. 


 


C'est vrai que dès qu'on a un autre regard sur un animal que celui du profit ou la domination, on y découvre bien des choses des plus intéressantes...