Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Ouessant-mouton / les Lutins du M.
  • Ouessant-mouton / les Lutins du M.
  • : Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite....... Merci de venir visiter mon blog qui a pour but de vous faire découvrir le mouton d'Ouessant et de partager au moins un instant ma passion pour cet animal singulier et ce qui l'entoure.
  • Contact

Recherche

7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 23:01

 

gène hollande 049 mod

 

 

Il y a quelques années, j'avais acquis ce bélier de souche hollandaise qui avait eu plusieurs propriétaires. Il était né sur l'île Texel en Hollande, possèdait une toison agouti gris du type des animaux apparus et multipliés chez les éleveurs de moutons d'Ouessant des pays voisins: Hollande, Allemagne, Belgique essentiellement.

 

Sa taille avoisinait le maximum du standard, pour cette raison, je décidai de ne pas l'utiliser comme reproducteur, d'autant qu'en plus un net problème d'aplombs arrières (phénomène récurrent dans certaines souches) était perceptible.

 Enfin, il possédait des pendeloques sous le cou ( les deux appendices bien visibles chez la chèvre à poil court par exemple). Si ce point fut parfois admis dans le passé par le GEMO, y compris en concours par un jury argumentant sur la possibilité de témoignage d'un caractère primitif, je me suis toujours interdit cette approche, intuitivement convaincu d'un caractère douteux d'origine non établie et de plus esthétiquement regrettable à mes yeux. Les brebis Ouessant à pendeloques sont de très bonnes laitières comme me l'a confirmé un collègue éleveur possèdant des animaux avec cet attribut. Je dirais trop bonnes laitières pour que cela puisse correspondre à un caractère Ouessant.Ces caractères associés (pendeloques/ forte production en lait) sont d'ailleurs connus en élevage laitier et reconnus par diverses études. 

Et puis, point à ne pas forcément rejeter cette fois, il avait (il a, car à présent il coule des jours heureux chez un particulier hors circuit reproduction) la particularité de muer totalement durant l'été.

 

juin 09 121

 Ibex tondu son premier été ne sachant pas qu'il muerait

 

Tout témoignait donc en faveur d'un métissage pour cet individu ou du moins ses ancêtres qualifiés Ouessant et avec un pedigree conséquent connu. 

 

Les races ovines nordiques primitives m'intéressent beaucoup. Ma facette naturaliste en plus de celle d'éleveur m'amène à avoir un regard caressé par les races domestiques (ovines... et autres animaux) qui ne présentent qu'un nombre limité de mutations (monstruosités, comme j'aime l'écrire par provocation justifiée). Aussi j'aime apprendre et prospecter à leur sujet d'autant qu'elles possèdent ancêtres communs avec le Mouton d'Ouessant type ancien et présentent  une diversité sans doute encore proche des premiers peuplements ovins primitifs, sortes de traces "archéologiques vivantes".

Ainsi, me penchant sur le le phénomène agouti, en parcourant une galerie-photos sur le Mouton Gotland (race suèdoise) à l'aide d'un moteur de recherche, je découvris une copie presque conforme de mon fameux Ibex, bien que l'animal posant sur la grève était apparemment plus haut . Je ne me permettrai pas de présenter cette image, faute d'autorisation de son auteur qui m'est d'ailleurs inconnu.

En fait, il y avait erreur, cette vue présentant une race proche du Gotland, le Gute.

 

Ce Gute est la race ovine la plus primitive de Suède; certaines femelles sont cornues et les animaux muent. Le Gotland, sans cornes lui, est considéré comme un métissage de ce type ancien avec le Karakul (avec pendeloques) et le Romanov (sans cornes).

 

Ces différents points m'amenèrent à soupçonner ces intrusions génétiques dans mon Ibex (toison agouti, mue, pendeloques, corpulence).

On peut donc mieux cerner une partie des influences dans l'évolution moderne du mouton d'Ouessant en Hollande et ailleurs, d'autant que les races Gotland et Gute sont à présent élevées dans divers pays.Cependant je suis également troublé quand je vois d'autres races de morphe agouti telle le Heidscnucke ou encore le Heath sheep, autres races primitives présentant des similitudes. Différentes influences ne sont donc pas exclure pour ce type de toison.  

 

 Le phénomène agouti étranger a fait tache d'huile depuis longtemps y compris en France et pas seulement dans les zones limitrophes d'Allemagne et Belgique. Et ce, comme j'ai pu le vérifier dans divers élevages, jusque dans le sud de la France et depuis au moins 20 ans. 

Un phénomène donc pas vraiment nouveau mais qui avait besoin d'être cerné...et il reste encore sans doute à découvrir à ce sujet. Je n'ouvre là que des pistes.

 

Pour la petite histoire, lors des retrouvailles béliers-brebis au printemps dans mon troupeau, mon bel Ibex profita de sa corpulence pour évincer les autres prétendants et féconder une femelle qui avait avorté durant l'hiver. Cela me donna une agnelle tardive, heureusement de petite taille (comme maman), sans pendeloques (ouf! en effet le caractère ne s'exprime pas obligatoirement) et de toison agouti. Une farce qui n'en demeure pas moins inintéressante. Je ne suis pas fermé à cette nouveauté au titre de la richesse ovine au sens large quand on sait que les races sont en partie le fruit de croisements au cours des siècles de types locaux. "Cette agnelle ne finira donc pas sur le bûcher de l'ignominie"...en plus j'en connais la généalogie, d'ailleurs affichée sous l'étiquette Ouessant sur de nombreuses générations du côté de chaque parent (et sous ma houlette en ce qui concerne celui de sa mère fruit de ma production bretonnante).

 

nov 10 032 

  Nerpa des Lutins...

 

nov 10 030

 

...agnelle agouti à la toison en construction, perdant son aspect juvénile pour finir gris.

 

En quelque sorte par chance, certains métissages ont été effectués avec des races nordiques parfois plus primitives que le Ouessant, permettant à ce dernier de garder ainsi certaines caractèristiques. On pourrait alors penser que le mal est moindre. 

 

 

Je profite de cet article pour rebondir sur une problèmatique plus large de la situation actuelle du Ouessant ("une brebis n'y retrouverait pas son agneau"), aussi bien celui que l'on trouve en milieux associatifs européens chez des éleveurs pas toujours éclairés que chez des particuliers hors associations pas plus éclairés. Que faire de ces morphes divers qui peuvent être aussi bien le fruit d'intrusions que parfois également la résurgence de caractères très anciens au sein des souches Ouessant de base?

 

Ma vision personnelle des choses est qu'il est maintenant trop tard 35 ans après la résurrection du Ouessant ancien pour pouvoir prétendre "épurer" un cheptel de milliers d'animaux dispersés chez des milliers de détenteurs (qui d'ailleurs ne le souhaiteraient pas forcément) et qui n'a jamais été sous contrôle d'aucune sorte ou alors parfois sous des contrôles discutables. Il faut donc construire avec ce qu'est devenu le Ouessant. "Le bébé" a grandi, a échappé à la surveillance de ses parents par son succès, et à 35 ans mène sa vie et a des fréquentations parfois douteuses. On ne peut le lui interdire, d'ailleurs il n'écouterait pas. Sorti de son berceau insulaire, le Ouessant est devenu depuis longtemps un mouton d'agrément, devenant  Ouessant du simple fait que le mouton possèdé n'est pas très grand. Les premiers troupeaux continentaux retrouvés semblent ne pas y avoir échappé. Allures différentes, caractèristiques différentes, isolement géographique des groupes, s'y ajoute y compris pour les élevages les plus anciens la présence du morphe blanc, signe d'une "mérinisation" et/ou "flandrinisation" au sens large du terme qui d'ailleurs avait commencé à toucher le peuplement ovin breton dans la seconde moitié du 19ième siècle, y compris sur Ouessant et donc signe déjà de métissage là aussi. Le Ouessant s'exprime donc actuellement dans des versions modernes d'agrément uniquement, même quand il est noir. 

On pourrait imaginer et souhaiter une sorte de retour en arrière par la création d'une section patrimoniale du Ouessant à morphe noir et dans une physionomie d'un standard plus précis, à titre de témoignage du passé îlien...et avec pedigree. (bien que des moutons noirs puissent parfois donner des individus d'autres couleurs sans qu'elles soient condamnables bien que non recherchées en soi alors).

S'imposerait donc une autre section plus large incluant le morphe blanc et tous les autres types colorés, toujours dans le même standard de morphologie que le précédent...et avec pedigree.

Se poserait tout de même le problème de la rupture entre ces deux populations qui les amènerait à évoluer en quelques décénnies vers des peuplements d'allures différentes malgré un standard.

C'est pour cette raison que dans mon troupeau j'efffectue un brassage des morphes colorés pour éviter la rupture, tout en y conservant à ce niveau les "évènements " du présent, du passé proche et du passé plus lointain,  et les ramenant vers le type morphologique de base du Ouessant ( sur lequel il me semble important de revoir également certaines choses autres que la coloration, mais c'est encore un autre sujet). Ce qui fait tout l'intérêt, la richesse et la difficulté d'élevage chez les Lutins du M. ...et un troupeau sans doute unique au moins pour cette conception. 

 

Je ne sais pas si j'ai toujours été clair et ai réussi à me faire comprendre mais j'espère que le débat s'ouvrira et que pourquoi pas, devant l'urgence face à une situation bien complexe, que ceux qui tiennent les ficelles de l'avenir du Ouessant me lisent. Quel Ouessant voulons nous sans que de nouvelles structures associatives voient le jour ou que celles qui existent continuent à diverger comme actuellement?

 

Un simple éleveur passionné qui s'interroge et oeuvre dans son coin depuis pas mal d'années maintenant. (L'effet papillon sera-t-il vérifiable) 

 

PS: Je tenais à préciser que le morphe agouti est tout à fait possible à partir du morphe blanc sans intrusion étrangère de gènes. Pour cette raison ne faites pas pour autant "monter sur le bûcher" vos animaux à toison insolite. Ils ne sont pas forcément le résultat de métissages comme dans mon exemple (bien que toujours possibles), la probabilité de réapparition de colorations anciennes existe mathématiquement, et enfin ouvrons la porte à la mutation toujours possible qui serait un enrichissement de plus dans le Ouessant  moderne. Mais par pitié stop aux croisements sous peine de perdre totalement l'identité de ce qui nous reste du Ouessant. En parcourant les annonces de vente de supposés Ouessant insolites et en questionnant leurs auteurs, on s'aperçoit que les animaux sont souvent d'origine inconnue ou encore le résultat d'une escapade des béliers de races diverses des voisins...

 

Attentif à la diversité de morphes colorés possibles chez le Ouessant, vous pouvez, comme le font déjà certains visiteurs du blog, me contacter si vous pensez détenir des animaux insolites dans ce sens, afin d'éclairer nos lanternes ou simplement faire un constat.      

 

  

Partager cet article

Repost 0
Published by dominique morzynski - dans L'animal
commenter cet article

commentaires

Lucine Jégat 09/11/2010 14:50


Cette histoire de " pedigree " me laisse un peu perplexe. Certains animaux ont été certifiés cette année par le GEMO, mâles et femelles. Ils correspondent donc aux standards définis par cette
association.
Imaginons qu'une brebis " certifiée " et qu'un bélier " certifié " donnent naissance à un agneau de couleur et porteur de pendeloques... C'est tout à fait possible génétiquement... Mais alors, cet
agneau, issu de parents à pedigrees, ne pourra pas être certifié lui-même... Ce qui tendrait à prouver qu'on va pouvoir certifier des individus au cas par cas, mais plus difficilement des lignées,
puisque le ver est déjà dans le fruit, si je peux m'exprimer ainsi !!! C'est le cas de cet éleveur qui nous a montré à Cormont, les photos de son agneau " chamoisé " alors que ses ascendants sont
tous " sans tache " et issus de son travail de sélection, plutôt sérieux, si vous voyez de qui je veux parler.
Qu'en pensez-vous ?


dominique morzynski 09/11/2010 18:42



C'est effectivement une considération purement visuelle, ce qui reste une démarche importante sans vraiment de garantie, de garantie de quoi d'ailleurs puisque les moutons d'ouessant ont disparu
de leur île depuis plus de 100 ans et que personne ne pourra rien garantir.


La démarche reste intéressante tout de même pour l'avenir. J'espère que c'est un premier pas qui permettra d'aller plus loin tout en ouvrant une réflexion qui bloque encore sur les toisons. Je ne
pense pas que les motivations des éleveurs soient celles des îliens du passé.


Sans parler du probléme pendeloques pour lequel vous avez raison,pour aller plus loin, le blanc étant une intrusion de gènes, on pourrait dans une démarche prétendue puriste définir que tout
mouton de ce morphe n'est pas Ouessant, ensuite que tout mouton ayant un ancêtre blanc (encore faudrait-il pouvoir le savoir) dans sa généalogie n'est pas Ouessant. On voit qu'il est illusoire de
prétendre faire un Ouessant de race pure, c'est fini depuis longtemps.


Enfin comme j'ai pu l'écrire ailleurs, il existe des fausses impressions. Il y a (et je peux produire) des animaux bruns ou agoutis (pour ne citer qu'eux) qui sont plus ouessant dans leur
chair que d'autres pourtant noirs. L'apparence ne suffit pas, ne suffit plus pour pouvoir estampiller Ouessant ou pas.


Vos remarques m'ont fait aborder le thème d'un article en cours mais cela n'annule pas une prochaine publication.


 A propos de l'éleveur dont vous parlez et de son Ouessant insolite, on ne peut l'accuser de rien effectivement puisqu'il reproduit en cycle fermé avec ses propres animaux. Cela présente un
intérêt quand on veut faire se réexprimer un caractère qui n'est plus visible mais présent dans le patrimoine génétique d'autant que ces animaux possèdent alors un patrimoine presque
identique. C'est ainsi qu'on peut voir réapparaître des choses dans ce type de troupeau plus que dans d'autres à cause d'un très grand brassage.Les Ouessant de lignée bretonne n'ont pas encore de
façon officielle, à ma connaissance, laisser réapparaître le morphe brun. Cela reste toujours possible un jour je pense. Je ne suis pas généticien, mais logiquement plus une pression de sélection
se fait pour une couleur plus les autres récessives doivent avoir du mal à s'exprimer. Si on peut supposer une forte sélection pour le noir sur Ouessant(avant que le blanc dominant n'arrive), les
morphes récessifs ne pouvant s'accoupler si consommés en premier devraient donc avoir d'autant plus de problème pour revenir au devant de la scène. Mais la chance doit pouvoir venir un jour
malgré une très faible probabilité.   



Diane 09/11/2010 12:12


Merci pour cet article bien réfléchi qui témoigne d’une recherche bien faite !


dominique morzynski 09/11/2010 18:17



Les influences sont semble-t-il si nombreuses dans le cheptel officiel Ouessant de nos voisins étrangers qu'il me semble difficile de pouvoir prétendre y démêler un jour le mystère complet
pas seulement pour les morphes agouti qui présentent beaucoup de variantes, mais aussi pour le brun voire le blanc. On peut peut-être soupçonner du Soay, du Shetland du Skudde...Il y a de
nombreuses possibilités. Jusque là essentiellement des races primitives. On peut se demander ensuite les raisons. Confusions avec ces races de taille moyenne parfois proche d'un
"grand"Ouessant et de là croisements involontaires? Volonté de renforcer certains caractères primitifs comme la puissance du cornage? Démarche mercantile en créant des animaux
attrayants?...Peut-être un peu de tout cela?