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  • : Le Mouton d'Ouessant Elevage des Lutins
  • : Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite....... Merci de venir visiter mon blog qui a pour but de vous faire découvrir le mouton d'Ouessant et de partager au moins un instant ma passion pour cet animal singulier et ce qui l'entoure.
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10 mars 2019 7 10 /03 /mars /2019 14:48

"Que le mouton d'Ouessant soit...et le mouton d'Ouessant fut", voilà la représentation caricaturale, sur l'origine de cet ovin, que je rencontre le plus souvent dans l'esprit des personnes qui découvrent cet animal domestique, mais aussi malheureusement dans celui de bon nombre d'éleveurs même des plus passionnés. 

J'ai souvent eu l'occasion de soulever cette problématique dans d'autres articles mais l'occasion m'est donnée d'en reparler suite à la lecture d'un ouvrage traitant de la domestication. Sans parler de plus du fait que je continue à lire ou entendre la désignation "Mouton d'Ouessant originel",  souvent utilisée pour démarquer le type ovin Ouessant ancien qui nous intéresse, du type actuel plus grand et "moderne" rencontré à présent sur l'île.

Or le vocabulaire employé est d'une extrême importance et l'emploi d'un vocabulaire non approprié amène à des représentations et des convictions fausses qui ensuite bloquent toute possibilité de discussion et d'évolution de réflexion autour du sujet concernant cet animal domestique.

Noé des Lutins. Type de bélier dit d'Ouessant prisé aujourd'hui, présentant les caractères d'archaïsme attendus chez le Ouessantin, mais peut-on pour autant s'autoriser le qualifier de Ouessant originel?

Noé des Lutins. Type de bélier dit d'Ouessant prisé aujourd'hui, présentant les caractères d'archaïsme attendus chez le Ouessantin, mais peut-on pour autant s'autoriser le qualifier de Ouessant originel?

Est originel ce qui correspond aux origines.

Concernant l'introduction sur l'île d'Ouessant du tout premier mouflon mutant (des tout premiers mouflons mutants) suite à la domestication de sa forme sauvage au Proche Orient (il y a près de 10 000 ans), puis sa diffusion vers l'Europe, nul ne sait ni ne saura jamais quoi que ce soit précisément pour en décrire le scénario exact.

Les moutons nés de suite de là sur cette île, sont alors les seuls à pouvoir être qualifiés de "Ouessant originels" bien que leurs ancêtres soient eux-mêmes originaires d'autres contrées. 

Mais outre le fait que ces véritables moutons (d'Ouessant) originels sont morts il y a bien longtemps, leurs descendants ont inévitablement évolué durant des millénaires en des formes graduelles, des types variés successifs peuplant l'île d' Ouessant durant son histoire, sans oublier l'effet d'influences extérieures toujours possibles d'autres populations ovines proches ou plus lointaines, suite aux phénomènes migratoires des humains et leurs bestiaux.  

Les connaissances "récentes" (d'après Tresset et Vigne, 2011) situent la diffusion des ovins (et chèvres) vers 5000 av JC sur la région dite actuellement bretonne, c'est à dire il y a plus de 7 000 ans. 

Et sur l'île bretonne d'Ouessant? (interrogation personnelle). S'il devait en être de même (ce qui semble logique), 7 000 ans d'histoire ovine sur Ouessant, c'est long et sujet à biens des événements!

Par ailleurs, Jean-Denis Vigne (archéologue et biologiste) exprime dans son ouvrage (un livre à lire par tout véritable éleveur!) " Les débuts de l'élevage" (éditions Le Pommier), l' hypothèse que le courant de diffusion des premiers ovins en Europe passant par la voie méditerranéenne, depuis leur Proche Orient d'origine, aurait atteint la France par le sud, plus tôt que l'autre courant de diffusion, dit danubien,  qui lui l'a atteinte par l'est.

De là, fort intéressant, l'auteur précise que les premiers moutons bretons (la toute première population ovine qui donc nous intéresse) auraient donc ainsi été d'origine catalane ou languedocienne suite à progression de ces derniers par la face atlantique ... (et que pour raisonner plus loin, l'Irlande aurait connu ses premières domestications avant l' Angleterre...) . Qu'en a-t-il été sur Ouessant?

Le Ouessant de type ancien, descendant des toutes premières populations ovines primitives catalanes?

Le Ouessant de type ancien, descendant des toutes premières populations ovines primitives catalanes?

Durant le travail d'écriture, par François de Beaulieu, de son ouvrage sur le Mouton d'Ouessant, commandé par le Gemo (Groupement des éleveurs du mouton d'Ouessant), j'avais pu échanger quelques connaissances et réflexions sur ce type ovin, avec cet auteur.

J'avais en particulier exprimé la prudence qu'il est nécessaire d'avoir quand, de façon un peu trop systématique et hâtive, on se plaît à penser que "nos Ouessant actuels" sont les descendants en ligne directe des animaux dont restes de squelettes datés de l'âge du bronze ont été mis au jour suite à des fouilles archéologiques menées sur l'île.

A titre de simple exemple, j'avais évoqué parmi les multitudes d'événements possibles au cours de l'histoire, l'impact éventuel des invasions vikings sur la population ovine ouessantine d'alors.

A ma grande surprise, lisant l'ouvrage de François De Beaulieu une fois paru, je m'aperçus que l'auteur faisait allusion à ces invasions dans un sens totalement opposé à celui de mes pensées, où il n'imaginait pas les vikings courir derrière les moutons sur Ouessant pour les exterminer jusqu'au dernier. Pour moi, l'allusion aux Vikings n'allait pas dans le sens du caractère destructeur et barbare souvent attribué à ces peuples venus du nord, mais tout au contraire dans le sens de l'importation et de la diffusion de populations animales (dont ovines) dont ces peuples voyageurs sont à l'origine, comme on le note parfois ailleurs….

De même, il semble logique de s'interroger sur l'histoire bien encore antérieure, l'origine de cette population ovine ouessantine de l'âge du bronze (puis son cheminement), comme je soulève le questionnement depuis le début de cet article.

Ce sont les éléments relatés plus haut, rapportés par JD Vigne, qui me semblaient intéressants. Ces derniers amenant à une représentation plus d'origine première catalane des premiers ovins bretons. 

Tout cela pour dire qu'en simple curieux, il m'importe de ne pas me laisser happer par certains clichés mentaux qui ont la vie dure sur les représentations du Mouton sur Ouessant et de garder à l'esprit que durant des millénaires il n'y a jamais eu de races ovines, pas plus là sur Ouessant qu'ailleurs. Mais qu'au contraire durant ces millénaires, ont prospéré des populations ovines géographiques fluctuantes au gré du temps, de leur évolution (suite aux contraintes environnementales, aux influences réciproques de par les événements historiques, aux désirs parfois des humains), amenant à des types que, de nos jours, le désir de classification, le souhait à en interrompre une évolution "libre" pour en conserver certains caractères ou au contraire les orienter par le phénomène de l'agronomie, ont transformés en "races" . 

Or, avant de vouloir parler de race pour le Mouton d'Ouessant de type ancien, il importe d'y voir un type ovin, originairement même un type ovin géographique. Une particularité qui, en plus de ses caractères d'archaïsme, en fait tout l'intérêt, toute l'originalité, là-aussi, une forme domestique qu'il serait dommage de faire tomber à son tour dans le carcan du concept moderne de race, quelle qu'en soit la motivation réelle.

Que chacun y réfléchisse!

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commentaires

L
De retour sur ton blog après quelques mois d'absence nécessaire, j'ai de la lecture ! Je suis preneur de ces différentes origines pour notre mouton ouessantin, la catalane et la vicking. Je serais tenté d'en ajouter une troisième non encore documentée : lors de la migration bretonne poussée par l'invasion anglo-saxonne (depuis l'île de Bretagne vers l'Armorique du 4ème au 7ème siècle) il serait très étonnant que ces clans qui s'établissaient en tant que tels sur leur nouvelle terre n'aient pas emporté avec eux un minimum d'animaux. Il existe au Pays de Galles un type ovin (mais à queue longue) qu'on appelle "dafad mynydd" (mouton de montagne, "dañvad menez" en breton) dont les ancêtres (ou ceux d'un mouton de Cornouaille britannique) pourraient avoir aussi apporté leur gènes. C'est une autre piste. https://en.wikipedia.org/wiki/Welsh_Mountain_sheep
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D
Merci à toi pour cette réflexion documentée et ces pistes. On parlait déjà en effet, à titre comparatif, de cet ovin au travers du premier site sur le Ouessant, celui de Gilles Delorme il y a vingt ans. En fait il en va des populations d'animaux domestiques, tout comme des peuples qui les ont élevés, un brassage et une influence régulière des unes par rapport aux autres. Nous sommes bien loin de pouvoir imaginer et encore moins de connaître tous les événements historiques du passé qui nous ont construits, tout comme ils ont construit nos animaux, dont le Ouessant...
D
Qu'il est bon de te lire. Quelle justesse de vue :-)
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D
merci!
simple curiosité de ma part et attention pour le Ouessantin à mon petit niveau ...
L
On y réfléchit.... J'ai discuté une fois avec Môssieur de Beaulieu lors de la sortie de son livre. Il m'a dit être un spécialiste des moutons d'Ouessant car il avait " travaillé" sur le sujet " pendant presque un an... Sans commentaire !
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D
Oui, il a ce mérite qu'il ne faut pas lui enlever pour autant même si ce n'est pas un éleveur de Ouessant à la base mais un écrivain/chercheur.
Loin de moi de vouloir dénigrer le travail et les trouvailles intéressantes de ce travail. Ma remarque portait juste le fait qu'il est important parfois de s'expliquer plus qu'on ne le fait, croyant que ce qui nous est évident d'une certaine façon l'est aussi pour son interlocuteur ...