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  • : Le Mouton d'Ouessant Elevage des Lutins
  • : Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite....... Merci de venir visiter mon blog qui a pour but de vous faire découvrir le mouton d'Ouessant et de partager au moins un instant ma passion pour cet animal singulier et ce qui l'entoure.
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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 19:41

"C'étaient, lui dit Barbara, les goastigou ou abris de moutons, derrière lesquels les brebis mettent bas et se protègent contre les vents et les longues nuits d'hiver. La construction de ces goastigou était le seul soin que l'on prît des moutons à cette époque de l'année. La chair savoureuse de ces animaux est une des principales ressources du pays, mais elle est chèrement payée. Car les moutons, avec le droit de vaine pâture, empêchent toute végétation et causent l'aridité de l'île. La  Préfecture maritime proposa autrefois, paraît-il, de faire à Ouessant une ceinture de pins: les habitants refusèrent car ils auraient dû renoncer à laisser errer leurs moutons.
Ces bêtes, toutes petites, mais très résistantes et d'une race particulière au pays, leurs propriétaires les mettent à l'attache en mars, par couples, jusqu'à la fin juillet, dans leurs champs. Mais après la coupe du blé, terres et pâturages deviennent communs de tradition et l'on parque les moutons un peu partout, à l'attache, sous condition que chaque couple ne puisse approcher à plus d'un mètre de terre labourable. En septembre, dès qu'on s'est assuré qu'il n'y a plus rien dans les champs, une délibération municipale annonce qu'on peut lâcher les moutons. Libres jusqu'au printemps, ils vont errer par bandes effarouchées, redevenus sauvages, à travers l'île.
Le premier jeudi de mars, dans l'après-midi, on commence le rassemblement du bétail. Des îliennes, choisies par le conseil, parcourent le pays et ramènent les moutons dans chaque quartier de l'île, à Pen ar lan, au Stiff, à Feunteim Vélen, à Loqueltas. Elles ont un sou par mouton qu'elles dirigent sur l'aire désignée.
Alors, chacune va d'aire en aire, reconnaître ses animaux d'après leur marque. Les signes distinctifs, en usage de temps immémorial, sont des entailles ou encore des trous pratiqués dans l'oreille du mouton. Chaque marque est la propriété d'une famille. Lorsqu'une nouvelle ramification se crée par suite d'un mariage, on apporte une légère modification à la marque. En sorte qu'on peut suivre la généalogie des familles dans les marques successives des moutons.
Le jour du rassemblement offre aussi ses déconvenues car on constate la disparition de beaucoup de bêtes. Les unes sont mortes de maladies, et d'autres, tombées de la grève, se sont noyées. Beaucoup sont volées par des "Douarnenez" qui viennent aborder à Ouessant, la nuit, quand ils déposent leurs filets à l'entrée des baies pour la pêche des mulets. Plusieurs années de suite, dit Barbara, les Espagnols qui travaillaient sur les épaves d'un bateau, firent aussi une terrible consommation de moutons.
Il faut encore compter avec les grands rapaces qui enlèvent les petits agneaux, et avec les corbeaux qui mangent les yeux et la langue des nouveaux-nés.
C'est le vendredi que les îliennes vont chercher leurs moutons assemblés. Le samedi, les retardataires qu'on n'avait  pas encore attrapés sont amenés au bourg où chacun les examine. Les moutons non reconnus sont vendus à l'ancan, après les Vêpres, au profit de la commune.
Parfois, le samedi, on célèbre La Fête du Mouton."

Voici un extrait du livre "Filles de la pluie" d'André Savignon. Dans cet ouvrage l'auteur a écrit une série de chroniques de la vie ouessantine au tout début du 20ième siècle. Je conseille cette lecture à qui voudrait s'imprégner de la vie sur l'île à l'époque et comprendre un peu plus ce qui a fait ces femmes d'Ouessant sur qui tout repose...y compris l'élevage (même si le mot ne convient pas vraiment) des moutons.

Etant tout autant éleveur que naturaliste sur mon temps libre, je me dois de faire quelques remarques sur les détails de prédation opérés par les oiseaux tels qu'ils sont décrits en fin de cet extrait.
Les corbeaux mentionnés sont en fait l'espèce "grand corbeau" que l'on rencontre en France dans les régions montagneuses et sur nos côtes rocheuses ou à falaises. Charognard et parfois prédateur, ce "Grand corbeau" est le plus grand de nos corvidés et figure sur la liste des espèces protégées. Un siècle après cette description, il a bien du mal à se maintenir sur Ouessant mais son vol et ses cris participent encore parfois à l'ambiance envoûtante de l'île. Souhaitons lui de ne pas disparaître à son tour et gardons en tête que même si parfois quelques méfaits peuvent lui être reconnus, sa présence et son existence sont bien plus légitimes que celle du plus adorable des petits agneaux...
Ensuite, les grands rapaces mentionnés en hiver sont fort limités en nombre et en espèces pouvant hiverner en Bretagne et à Ouessant en particulier, cette région se trouvant à l'écart des flux migratoires. Le seul grand rapace prédateur et charognard habitué aux côtes et pouvant se permettre des  captures d'agneaux est le Pygargue à queue blanche (protégé à présent comme tous les rapaces) qui il y a cent ans était peut-être un hivernant habitué des lieux.(?) Venant surtout de Scandinavie, Allemagne,....l'observation de ce grand rapace sur Ouessant est de nos jours un événement. En France, les observations hivernales se comptent chaque année sur les doigts d'une  ou deux mains. Ouessant accueillait-elle régulièrement ce seigneur des airs? Si oui, encore une perte  pour la magie et la richesse de l'île.................

Ouessantine des Lutins du Montana . Un seul trou maintenant, mais à chaque oreille pour accueillir les bagues d'identification obligatoires.D'autant plus discrètes si on les place assez près du crâne  et réservées aux Ouessant, Soay et chèvres naines de moins de 50 cm.
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