A ce jour, sont nés 12 agneaux pour 6 agnelles pour cette saison d'agnelage. Cela correspond donc à 2/3 de mâles pour 1/3 de femelles.
Par curiosité, je me suis amusé à faire le compte des Lutins qui ont constitué ou constituent encore le troupeau depuis 1996.
J'arrive à 142 béliers pour 122 brebis, un nombre légèrement dominant pour le sexe masculin. Théoriquement sur le très long terme, l'équilibre devrait se trouver, à moins que le sexe féminin prenne à son tour le dessus. Les mathématiques sont une chose et les décisions naturelles une autre.
Le reste des naissances de cette saison 2014 peut donc s'avérer être une belle série d'agnelles.... à moins que ce ne soit toujours des mâles... ou que la parité s'établisse.
Fragile car il vit une épreuve en se retrouvant à l'air libre. L'urgence pour lui est de trouver la mamelle pour s'alimenter, le premier lait (colostrum) étant particulièrement énergétique et indispensable à la mise en place de son système immunitaire. Le ventre plein, il peut ainsi résister (jusqu'à un certain point) à une météo difficile, sous réserve qu'il ait eu également le temps de sécher correctement, sa toison pouvant alors jouer son rôle d'isolant. En cas contraires, difficulté à téter (que ce soit de par son comportement ou celui de la mère) et toison demeurée humide, si la température extérieure est basse, le tout jeune Ouessant peut se refroidir dangereusement et même jusqu'à la mort, de par le faible volume qu'il représente.
Résistant également donc, s'il a pu sécher correctement et être bien allaité au plus tôt, il peut supporter quelques intempéries.
Il est toujours sidérant de découvrir le nouveau-né de moins de vingt-quatre heures, dormir et récupérer "tranquillement" sur l'herbe mouillée et sous la pluie (comme sur l'image) alors que sa mère se remplit la panse dans les environs pour récupérer elle aussi.
Comme dans la nature, il y a des limites à tout évidemment quant à sa résistance, et il est bien certain que plus les heures puis les jours passent, moins l'agneau se révèle vulnérable.
Les premiers agneaux ont ou approchent un mois et se sont (déjà!) transformés en moutons miniatures qui d'ailleurs broutent et ruminent.
Leur morphologie se dessine un peu plus.
Et enfin ils se construisent dans leur aspect coloration, selon leur patrimoine génétique hérité de leurs parents.
L'agneau du premier plan que certains imagineraient demeurer noir une fois adulte, deviendra en fait comme son aîné au second plan (un antenais, bélier d'un an).
Cette métamorphose est due à un gène particulier que peuvent posséder certains Ouessant (sans que la marque blanche frontale ait un lien avec ce phénomène; il s'agit d'une autre caractéristique génétique). L'évolution de la coloration du pelage chez les mammifères, entre le stade juvénile et adulte, voire vieil adulte, n'est pas rare. Au sein des races domestiques, les exemples sont nombreux également et parfois très spectaculaires (cas du cheval de race Camargue par exemple).
Et plus encore quand il nous autorise à scruter la couche inférieure de sa toison au niveau de la peau.
Courant mars, dans la semaine suivant Carnaval, mon attention fut attirée par un scintillement blanc agité au haut d'un arbuste d'une haie, dans un parc des Lutins.
Mon intuition première fut la bonne. C'était un petit carton pendu à une ficelle emmêlée dans les branches. Le ballon gonflé qui l'avait amené jusque là avait par contre disparu ou éclaté; je ne l'ai pas retrouvé dans la végétation.
Comme j'ai pu le lire sur le carton, un lâcher de ballons avait donc eu lieu dans le 92 et l'un d'eux, celui d'une petite fille, était venu se poser jusque dans le 23.
J'ai bien entendu communiqué ma trouvaille à l'envoyeuse (ce n'était pas la première de la sorte).
Rien de bien extraordinaire en soi, si en septembre dernier, dans le même arbuste mais deux mètres plus bas, je n'avais observé un rare gobe-mouche nain mâle en halte (première donnée régionale).
Je n'ose imaginer ce qu'une troisième coïncidence pourrait m'apporter un jour par la voie des airs encore en ce même arbuste...
Fin mars les béliers se trouvaient encore isolés des brebis.
Comme chaque année désormais, je prévoyais d'autoriser les retrouvailles à la date symbolique du 1er avril.
Mais les chenapans en décidèrent autrement... Après sept mois de séparation, le grillage malmené finit par céder et la bande des cornus retrouva d'elle-même les filles avec 48h d'avance. Pas bien grave.
Tout le monde s'en trouve épanoui, moi y compris à voir la troupe qui l'est véritablement pour cinq mois.
Agneaux, brebis, béliers, chacun vit sa vie selon les priorités de son âge, son sexe, son caractère, son humeur, ses besoins...
Même si un pervers aux pieds pointus, face à la situation nouvelle, vient encore parfois vous renifler le derrière avant de comprendre que l'heure des festivités est malheureusement passée pour lui...
Déçus, les mâles préfèrent se congratuler...
... confessant que le bonheur est bien dans le pré avec les brebis et leurs agneaux et qu'ils vont en abuser encore et encore jusqu'à la fin de l'été...
... à l'occasion près d'une belle, rien que pour le plaisir des yeux, et aussi dans la bonne entente.
L'épanouissement des béliers...
... une nécessité à leur équilibre en une zen attitude.
Mutant, mais toujours mouflon, le bélier qui peut vivre pleinement une vie sur le modèle de celle de ses ancêtres n'a aucune raison de développer des troubles comportementaux problématiques (parfois dirigés vers les humains qu'il côtoie).