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  • : Ouessant-mouton / les Lutins du M.
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  • : Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite....... Merci de venir visiter mon blog qui a pour but de vous faire découvrir le mouton d'Ouessant et de partager au moins un instant ma passion pour cet animal singulier et ce qui l'entoure.
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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 11:20

...mais belle. 

 

Fantômette vient d'avoir un mois en fin de semaine dernière. La fille cachée  

 

Depuis le dernier article la concernant, elle a traversé bien des mésaventures.

Il y eut d'abord, durant un de ses stages de contact avec le troupeau, la fois où elle s'est égarée, mal voyante et perdue dans les herbes hautes. Au moment du biberon, plus de Fantômette. Il fallut s'y résoudre, elle était sortie de l'enclos dont les mailles sont de taille à laisser passer un jeune agneau curieux ... ou égaré. Un peu de panique en moi, me demandant si je pourrais la retrouver dans une campagne luxuriante et sans obstacles artificiels. Après un bon quart d'heure de recherches, je la découvris dormant en boule au soleil, derrière une haie dans une pâture à vaches charolaises qui heureusement menaient leur vie sur la bordure opposée. Innocente, vulnérable, elle eut la chance que j'oriente mes investigations dans la bonne direction.

Depuis une dizaine de jours, son oeil gauche est atteint d'une kératite. Sans doute le résultat d'une petite blessure du fait que, mal voyante, elle repère moins les dangers des obstacles. Avec donc provisoirement seulement  un oeil partiellement fonctionnel, cela ne l'empêche pas de me suivre. Il y a une semaine, elle arriva avec moi dans l'enclos des ânes. Je tenais l'ânesse ayant un petit quand Fantômette se croyant perdue s'engouffra entre les pattes de la mère. Cette dernière, prise de panique devant cette petite bestiole, se mit à ruer et râler. L'agnelle un peu ko n'angoissa que davantage et ne trouva rien de mieux que de revenir se glisser sous le danger, attirée malgré tout par cette forme lui indiquant une présence. Un léger shoot de ma part dans la pelote blanche encore vivante heureusement, accompagné d'une récupération, me permit de la sortir de la situation dramatique. Pendant un instant, je me demandai si je n'allais pas être contraint de la sacrifier. Mais elle n'était finalement pas mourante, seulement assommée avec une dent cassée qui saignait suite à un coup de sabot. Ouf! Que d'émotions! Une journée de repos la remit sur pattes.

Et puis, hier soir...l'orage grondait et la pluie se mit à tomber. Une séparation s'imposait car difficile de rentrer à la maison une agnelle qui soulage sa vessie là où elle se trouve. Je plaçai donc Fantômette dans le garage en la couchant dans son carton. Trois heures plus tard, la pluie cessa et comme le moment du biberon était arrivée, je décidai de rejoindre ma protégée. Stupeur! Plus personne dans le garage! Après avoir inspecté les coins et recoins, je devais me résoudre à admettre qu'elle était partie dans la rue en passant par un minuscule soupirail. Panique à la nuit tombante. La voie est une impasse sans circulation mais qui donne sur plusieurs chemins et une campagne non habitée. Me voilà donc parti en expédition, la lampe à la main, à la nuit tombante qui devint vite noire de par ce temps. Appels incessants en prononçant son nom, en empruntant tous les chemins et autres passages, scrutant sans trop y croire les talus gorgés d'eau et le coeur des haies. Je n'y croyais pas, n'y croyais vraiment plus. Une heure de recherches déjà. Mais il n'y avait rien d'autre à faire, chercher, quitte à y passer la nuit., imaginant déjà le moment où les lampes rendraient l'âme les unes après les autres. Je ne pouvais laisser une agnelle de 2,5kg à son triste sort, trempée, affamée, grelottante, angoissée...mourante? à la merci d'un renard ou d'un chien errant ainsi qu'aux mille et un pièges que peut rencontrer un si petit animal mal voyant. Peut-être était-elle tout près à chacun de mes pas, tapie dans les hautes herbes, épuisée, vacillante...? Je finis par avancer, chercher, appeler de manière mécanique sans conviction, passer et repasser aux mêmes endroits, voir ailleurs, me mettant à la place de Fantômette, son mental, sa taille, son handicap ... pour imaginer où je pourrais aboutir. Et là, tout à coup, dans le faisceau de la lampe faiblissante, un petit fantôme blanc, minuscule jouet mécanique sorti de la nuit, apparut gueule ouverte et muette des appels de détresse qu'elle cherchait à émettre. Retrouvailles dans les émotions réciproques qu'on imagine. Depuis combien de temps errait-elle? Où? M'avait-elle entendu pour apparaître là où je repassais presque par hasard? Peu importe, le présent seul comptait. Après un bon biberon et quelques frictions de serviette, Fantômette, dans son petit carton près du lit , et moi avons passé un reste de nuit particulièrement agréable.

  

 

mai 11 072

 

Aujourd'hui, il ne reste rien de tout cela, si ce ne sont des souvenirs forts...et encore un peu de cornée opacifiée, en cours de guérison heureusement. Le "sourire" de Fantômette méritait bien toute cette attention ("Commence et l'impossible deviendra possible"...disait...)

 

 

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Published by dominique morzynski - dans Agneaux 2011
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commentaires

Lucine Jégat 01/06/2011 07:43


Je te comprends très bien, Dominique, je pense que c'est le fait d'un éleveur attentif et respectueux d'agir ainsi. Peut-être que la question s'adressait plutôt à moi-même, en fait...


dominique morzynski 01/06/2011 11:51



On se pose toujours la question sur la limite d'intervention ainsi que le poids dans la balance du positif et négatif  à agir car intervenir c'est dénaturer les choses. Mais un mouton est un
être "artificiel", construit sur le vivant, créé par l'Homme et donc dénaturé. Dans ce sens, on  trouve intérêts et inconvénients dans l'animal. Intérêts, ceux que les humains veulent
bien y trouver dans leur fabrication de l'animal domestique orientéevers un profit. Inconvénients, ceux que ces animaux transportent par manque de sélection naturelle ou orientation de cette
sélection par l'Homme pas forcément avantageuse pour l'animal, comparé à sa pure nature . L'intérêt pouvant être un inconvénient selon la base de réflexion que l'on mène, et
inversement. Exemple de la laine, de la longueur de queue, du phénomène de naissances multiples...


Dans le cas de Fantômette, si on résonne en terme d'élevage seulement, ce serait alors l'animal inutile. Perte de temps, questionnement sur une reproduction possible mal ou bienvenue si la brebis
devient adulte.Ce point de vue est celui de la rentabilité. Au niveau d'un raisonnement qui inclut la responsabilité, on prend ma direction et essaie de venir en aide à cet être dont je me
suis "amusé" à programmer la naissance. A ce jour mon souci n'est pas de savoir si cette éventuelle future brebis pourra reproduire et si cela serait judicieux (problème congénital ou
héréditaire?) mais uniquement si elle pourra vivre sa vie le plus normalement possible. Si cela ne devait pas être le cas, ma dernière aide pourrait être l'euthanasie. Ce qui ne s'impose pas
encore à ce jour, l'avenir dira.


Chaque jour nous luttons contre la sélection naturelle en nous vaccinant, nous soignant au moindre "bobo", nous rendant chez le médecin ou à l'hôpital. Nous avons ce même comportement vis à
vis de nos enfants et par extension nous agissons ainsi pour nos compagnons d'une autre espèce que la nôtre (si nous avons une conscience et un niveau de respect suffisants pour agir ainsi).


En élevage, là où nous pouvons rejoindre la sélection naturelle (sans forcément embrocher nos moutons), c'est en ne faisant reproduire que les animaux les plus solides...au niveau intestins,
sensibilité des yeux, santé des sabots, agnelages sans intervention,etc...la "rusticité" dans son ensemble...et toute autre qualité physique...


Tout ce "blabla" non pour toi Lucine puisque tu me dis m'avoir compris, mais pour ceux qui sans rien dire sont restés perplexes et que j'espère avoir éclairés à présent. Tu résumes très bien ma
démarche quand tu écris  "attentif et attentionné", ce qui me semble être la moindre des choses quand on s'autorise à vouloir créer vie et règner sur des êtres vivants.



Lucine Jégat 31/05/2011 23:14


Je suis les " aventures " de Fantômette avec un peu de chagrin... Tu es toujours là quand il faut, Dominique.. Tu ne lâches pas le morceau, comme on dit vulgairement. Je peux le comprendre, vu le
mal que tu t'es donné jusqu'à présent pour cette petite bête bien innocente de tous les handicaps que la vie va lui réserver.
Je suis d'accord avec le dicton un peu bête " tant qu'il y a de la vie... " mais je me demande aussi, si la sélection dite " naturelle " ( et parfois fort injuste et difficile à digérer ) n'aurait
pas du commander sa loi concernant Fantômette..

J'ai passé deux heures hier soir les pieds dans l'eau glacée du ruisseau, à faire rejoindre en douceur une brebis et sa petite agnelle, le reste du troupeau, pour su'elle ait à manger en quantité
et qualité pour allaiter, qu'elle ne reste pas isolée de ses congénères, Qu'elle se rassure ( 1er agneau ), que je ME rassure... Je suis rentrée à la nuit tombée, frigorifiée, mais plutôt heureuse
de ce moment privilégié, passé à parler à voix basse ( j'ai aussi des basses fréquences !! ) à encourager, aider...
Si je ne l'avais pas fait, que ma petite agnelle ( je dis " ma ", mais c'est celle de sa mère, en fait ) s'était noyée, avait perdu sa mère parmi les joncs alors qu'il a fait deux degrés cette
nuit... Je m'en serais voulue à mort...
Mais dans le cas de Fantômette, quel est son avenir, sans toi à ses côtés ??? A-t-elle vraiment un avenir en dehors de la vie qu'elle porte ( et à laquelle elle semble s'accrocher )
C'est juste une question, pas une critique, bien entendu... Je me demande juste si c'est très raisonnable...


dominique morzynski 01/06/2011 00:16



Bonne question. Bonne remarque Lucine. (et bon comportement que le tien face à ton agnelle)


Ma réponse est simple et complexe à la fois. Quand on a un problème sous les yeux et que la solution est entre nos mains, il n'est pas anormal d'intervenir, en l'occurence face à toutes ces
questions de vie et de mort. Nos animaux domestques sont totalement dépendants de nous. Nous sommes leur geôlier et leur servons le gîte et le couvert.Si donc nous décelons un problème, il nous
revient d'intervenir puisque notre but est de prolonger autant que possible leur vie derrière leurs barreaux normalement dorés. La sélection naturelle chez les animaux domestiques
existe encore un peu mais très peu et de façon variable selon les modes d'élevage et les buts de ces élevages. Une Fantômette retrouvée morte à la naissance au matin, cela aurait été ainsi, la
faute à pas de chance et point final. Dans son cas j'étais là et donc devais analyser la situation mystérieuse pour moi. A ce jour le cas Fantômette n'est pas désespéré ni ingérable ni sans
avenir. S'il devait l'être,j'ai déjà songé à la douleur de devoir me résoudre à la sacrifier. Chose que je ferais si cela devait être le dernier service à lui rendre. A son stade, rien qui puisse
me faire douter d'une future vie normale au troupeau, son principal problème actuel étant sa dépendance ,comme toute agnelle, pour une mère que je suis devenue, autant pour le lait que la
présence. J'ai déjà accompagné des centaines d'animaux divers vers l'autre monde durant ma vie quand cela permettait de limiter leur souffrance. Dans le cas d'un mouton, s'il marche et
mange...il peut vivre. Si l'un ou l'autre n'est plus possible...j'interviens pour arrêter son calvaire (cas le plus fréquent du vieil animal) Il n'est pas moins louable de sauver un agneau
d'hypothermie dans nos élevages (comme tu l'as fait Lucine) pour lui assurer une douzaine d'années de vie que lorsqu'un éleveur professionnel le fait pour assurer une rente supplémentaire en
fin d'année au départ pour l'abattoir. Dans les deux cas, la sélection naturelle aurait voulu la mort de l'agneau. Si on souhaite la sélection naturelle, on accepte les quelques dégâts des
renards(et loups), les parasites, les blessures, les maladies, la casse à l'agnelage...) Mais comme je dis souvent, il est facile et curieux de tenir ce discours pour ses animaux alors qu'on ne
l'applique pas à soi-même ni à l'espèce humaine. Si la sélection naturelle opérait, nous ne serions pas nombreux à visiter ce blog qui n'existerait pas d'ailleurs puisque le berger des Lutins ne
serait pas de ce monde. Personne n'a laissé la sélection opérer quand je suis né à sept mois et demi. De plus je soigne mon cholestérol génétique, mes problèmes de rénaux et j'en passe....tous
ces maux qui font que je ne devrais pas taper ces lignes si nous laissions la sélection naturelle agir. Par contre Oui à la sélection naturelle, je ne sortirai pas le merle des serres de
l'épervier. Mais je le sortirai des griffes de mon chat ou le soignerai après un heurt sur mon pare-brise de voiture. Sur Terre deux mondes s'activent, celui de la Nature où la sélection
naturelle EST tout simplement et Celui domestique créé par les hommes à partir de certaines espèces transformées en animaux domestques, auquel se rattache l'espèce humaine qui se soustrait au
maximum à cette sélection naturelle = . Dans ce dernier, intérêts, altruisme, empathie, survie (quand il s'agit de soi) font que les règles du vivant et de la sélection naturelle sont
contournées pour déjouer la mort. Je ne fais pour Fantômette que ce que je fais pour moi-même losque je prends mes cachets du matin et du soir...je prolonge la vie quand elle me semble encore
acceptable. Je pense que dans quelques semaines Fantômette pourra savourer l'herbe verte au milieu de ses congénères et que la chimie véhiculée dans mon organisme me permettra de jouir du
spectacle... Déjà la voir cabrioler le soir dans les jeux des agneaux auxquels elle prend part est une étape de réussite qu'il fait bon savourer.  



francesca 31/05/2011 21:35


C'est magnifique Dominique ce que vous avez écrit sur les aventures de Fantômette ! Je me dis que parfois je suis bien gagatte avec mes animaux mais non, c'est juste la sensibilité, l'amour qu'on a
pour nos compagnons à laine.
Que Fantômette arrête de vous donner ces frayeurs ! Dites-lui de ma part !! Bonne soirée


dominique morzynski 31/05/2011 23:17



Je considère qu'on est responsable de ce qu'on met ou fait mettre au monde, de ce qu'on élève...au présent comme dans leur avenir. Tout comme il y a des familles où il vaudrait mieux ne pas être
enfant malheureusement, il y a des familles où aucun animal n'aurait jamais dû rentrer. Même problème de base, qualité, disponibilité, capacité, volonté, responsabilité, possibilité...de
l'Eleveur... Rien donc que de plus normal que de s'occuper de ses moutons...La souffrance humaine qui peut exister ne légitime aucunement la souffrance animale.


Quant à Fantômette, je tenterai de lui faire comprendre vos propos demain car à cette heure elle dort...Bonne soirée bien avancée également.



Thomas SZABO 31/05/2011 18:50


Bonjour Dominique,
Pour les habitués du Blog, quelques jours sans nouvelle parution et on se pose la question: Qu'est-il arrivé? Il doit être très occupé... La tonte a démarré... A moins qu'il ne soit parti par monts
et par vaux quérir un nouveau spécimen d'Ouessant gris, brun ou agouti de très petite taille... Ou, il est tout simplement en panne d'inspiration... le syndrome de la page blanche!!!
Ravi de savoir que la belle Fantômette a pu, grâce à ta patience infinie, retrouver son carton au pied du lit...
En espérant qu'à l'avenir elle cherchera moins à s'aventurer par nuit pluvieuse et orageuse, sur les sentiers creusois!!!


dominique morzynski 31/05/2011 22:57



Bonjour Thomas


Merci pour cette inquiétude. Je ne suis pas mort mais simplement débordé. Quant au phénomène de la page blanche, heureusement il est encore bien loin ayant plus de choses à écrire, méditer ou
montrer (importantes ou moins, superficielles ou profondes, anecdotiques ou générales, personnelles ou communes...) que je n'en trouve le temps. Ce qui devrait permettre de durer...Désolé
pour cet interlude!